Rite Égyptien d’Adoption


CAGLIOSTRO
et
LES MYSTERES DE LA COLOMBE
Éléments de réflexion sur un aspect rituel de la
Maçonnerie Égyptienne de Cagliostro

Les rites maçonniques ont une histoire et évoluent au cours du temps... Le rite égyptien de Cagliostro nous donne l’image de pratiques aujoud’hui disparues, mais qui ont constitué notre passé et nous permettent de mieux comprendre les motivations de ceux qui ont fait l’histoire de cette tradition.

INTRODUCTION

Nul doute que la maçonnerie égyptienne de Cagliostro ne constitue une part significative de ce qui deviendra plus tard le rite de Memphis-Misraïm. 
Nous ne reviendrons pas ici sur le personnage souvent controversé de Cagliostro, nous contentant de présenter en annexe les magnifiques pages qu'il écrivit sur lui-même.
Notre propos dans cet article sera tout autre. Il est devenu commun de dire que la franc-maçonnerie de rite égyptien tire son origine, ses rites et sa philosophie de la lointaine tradition antique. Or lorsqu'on parcourt les textes rituels que nous possédons, nous ne percevons souvent qu'une forme cérémonielle initiatique et symbolique teintée de christianisme. On cherche en vain les traces de cette auguste tradition occulte dont les fondateurs auraient été les héritiers. Qu'il s'agisse en 1780 du Rite primitif des philadelphes, en 1801 de l'Ordre sacré des Sophisiens ou encore ici du Rite égyptien de Cagliostro, il est tentant de conclure rapidement qu'il est inutile de chercher plus loin, tant nos connaissances actuelles semble nous montrer l'absence d'une véritable filiation. 
J'ai déjà fait remarquer dans un numéro précédent de cette revue que malgré les formes rituelles que nous connaissons et qui découlent du contexte culturel, il convient de considérer l'intention des concepteurs de cette tradition pour tenter de comprendre ce qu'ils essayèrent d'exprimer. Il est clair que leur objectif était de manifester une forme de francmaçonnerie dépassant la dimension symbolique. Il s'agissait pour eux de prendre en compte les différents niveaux de l'être, de revenir à l'initiation antique pour débuter une véritable catharsis, introduisant l'âme humaine sur le chemin de retour vers la lumière. Certes tout cela pourrait ressembler à une réapparition de la foi, du dogme et nous ne pouvons pas dire que cela fut totalement absent. Toutefois, réduire ainsi cette démarche comme cela a été trop souvent fait, serait réducteur et occulterait les éventuelles traces d'un passé beaucoup plus lointain. Car n'en doutons pas, le Rite égyptien est véritablement porteur, (et peut-être à son insu) de différents éléments remontant à un passé bien antérieur à la fondation de la maçonnerie spéculative.
Il est en effet intéressant de remarquer qu'un certain nombre de pratiques dites occultes ou spirituelles se transmettent à travers des filiations souvent individuelles sans qu'elles soient nécessairement associées à la compréhension exacte du rituel. 
Les sources sont parfois ignorées de l'intéressé, ainsi que la réelle ancienneté des présupposés philosophiques. C'est ainsi que les concepteurs du rite maçonnique dont nous parlons ont pu amalgamer ce qu'ils avaient reçus à la structure alors émergeante de la franc-maçonnerie. Une fois encore, à l'inverse de ce que l'on croit habituellement, nous verrons qu'une des qualités importantes de la franc-maçonnerie est d'être la dépositaire d'antiques pratiques. D'aucuns pourraient lui reprocher de les transmettre sans rien n'y comprendre et ce serait sans doute en partie vrai.
Ne croyons pas que ceux qui contribuèrent à son développement, ici Cagliostro, comprirent l'exacte nature de ce qu'ils transmirent. Il est des héritages qui dépassent ceux qui les transmettent…
Dans ces lignes, nous allons nous pencher sur un aspect du rituel de la maçonnerie égyptienne de Cagliostro pour illustrer notre propos introductif. Nous comprendrons mieux comment une source réellement antique peut se transmettre à travers les âges. Une telle mise en lumière nous permettra ensuite de replacer cet aspect du rituel dans un contexte philosophique cohérent nous éclairant sur l'intention première de son initiateur.
Le rituel de la maçonnerie égyptienne de Cagliostro fait appel à un Office qui pourrait paraître étrange à un oeil non averti. Il s'agit du personnage de la Colombe qui siège en un lieu mystérieux appelé le Tabernacle. Nous allons tout d'abord faire la synthèse de la façon dont Cagliostro décrit ce lieu et cette fonction, en nous reportant directement à son rituel.

LES MYSTERES DE LA COLOMBE

LES DÉCORS :
On trouve peu d'éléments dans le texte lui-même décrivant l'habillement de la Colombe.
Nous verrons qu'il sera beaucoup plus précis sur le déroulement des cérémonies liées à sa présence, que sur la façon dont elle est vêtue. Toutefois, un passage de la Réception de Maîtresse de la loge égyptienne d'adoption nous précise que La colombe sera vêtue d'un talare blanc avec une ceinture bleue. C'est la seule indication que nous ayons. Cela est d'autant plus vague que le mot talare n'évoque pas grand chose. Il pourrait s'agir, soit d'une déformation du mot tabard, désignation de la tunique colorée que portaient les hérauts, soit plus vraisemblablement d'une robe de couleur blanche d'une forme particulière, peut-être inspirée des robes plissées que l'on retrouve sur les statues romaines antiques. Ces robes blanches se sont d'ailleurs conservées dans l'Obédience féminine de Memphis-Misraïm. La ceinture bleue est la seule marque visible qu'il serait aventureux d'interpréter dans un sens ou un autre tant les indications que nous avons sont lacunaires.
Il existe également des indications sur des décors portés par d'autres officiants, mais en relation avec cet aspect rituel. Ainsi le maître, grand inspecteur de la loge, garde la clef du Tabernacle suspendue au-dessus de sa poitrine à un ruban de couleur de feu. Il la gardera jusqu'à ce que le Vénérable ayant terminé les travaux, lui ordonne de faire sortir la Colombe du Tabernacle.
La Grande Maîtresse ou le Grand Maître ont toujours un glaive à la main durant leur travail rituel. Les rites précisent qu'il s'agit d'une épée qui n'a jamais servi, consacrée, soit par les Vénérables de Lyon, soit par un Maître et chef agissant, par et au nom de l'Eternel.
Nous trouvons toutefois beaucoup plus de précisions sur le lieu dans lequel officiait la Colombe, c'est à dire le Sanctuaire. Précisons que la Loge féminine utilise le même décor que la Loge-mère d'hommes.
Ce lieu mystérieux se trouve à l'Orient du Temple, derrière le plateau du Vénérable Maître. Il s'agit d'un lieu isolé et fermé à l'abri des yeux des mortels, et servant de Tabernacle. Il est caché par une grande gloire dont les rayons sont en bois doré.
Ce lieu est prévu de telle sorte que la Colombe y soit renfermée de manière qu'elle puisse être entendue de tous les assistants, mais qu'elle ne puisse être aperçue ni vue par personne. Ce tabernacle aura une petite fenêtre d'un côté et de l'autre une porte fermant à clé. Ces deux ouvertures sont évidemment prévues pour donner sur le
temple lui-même. La petite fenêtre demeure ouverte pour permettre la communication sans contact et sans vision. D'une façon plus précise, nous lisons que la petite ouverture se trouve sur le côté droit et qu'elle ferme par une fenêtre coulissante. Du côté gauche se trouve la porte avec un petit escalier donnant sur la chambre. 
Nous ferons des commentaires sur les origines de cette disposition lorsque nous aborderons le déroulement de la cérémonie elle-même.
A l'intérieur de cette pièce close, nous trouvons une petite table avec trois bougies et un tabouret. 
Ces bougies sont allumées. A préciser qu'un passage semble montrer qu'en dehors de ces périodes invocatoires dans le Tabernacle, la Colombe a une place dans le temple au pied de la dernière marche du Trône sur un tabouret bleu et argent.

OFFICE DE LA COLOMBE

PRÉPARATIONS :
Dans l'analyse de la fonction de la Colombe, nous ne distinguerons pas le rituel féminin du masculin, puisqu'il est explicitement dit que les deux sont à cette époque là identiques.
La cérémonie qui va se dérouler et faire appel au personnage singulier de la Colombe ne peut avoir lieu de n'importe quelle manière. Elle fait l'objet d'une préparation et d'une réelle ascèse.
Ainsi, le Vénérable chef de la loge de Paris ne pourra travailler qu'une fois par semaine, le samedi, une heure avant le coucher du soleil. Quant à la Grande Maîtresse de la loge mère d'adoption de Paris, elle ne pourra travailler qu'une fois par semaine, le dimanche, une heure avant, le coucher du soleil.
Il faudra que par respect, l'un et l'autre observent le célibat 24 heures avant de travailler.  Il est très sévèrement défendu tant au Grand Maître, qu'à la Grande Maîtresse de faire opérer d'autres Colombes que celles consacrées à Paris par le Grand Cophte, ni de faire aucune demande ni question ayant rapport à la connaissance du Grand Cophte et de son état ou à celle de la première matière, ni sur aucun objet de vaine curiosité. 
Quant à la préparation de la Colombe, elle commencera la veille du jour de l'opération. 
Le Vénérable, sans doute au cours d'une cérémonie particulière, la fera mettre à genoux, puis appliquant sa main gauche bien ouverte sur sa tête, lui donnera trois coups de son glaive tenu dans sa main droite ; le premier sur l'épaule droite, le deuxième sur la gauche et le troisième sur la tête. Il lui prodiguera après, un fort souffle. Il ordonnera à la Colombe de se recommander à l'Eternel et de conserver son innocence, en lui faisant un petit sermon à ce sujet, ainsi que sur la grandeur et la bonté de Dieu et le pouvoir du Grand Cophte. Il finira en embrassant bien tendrement la Colombe sur le front. Le Maître ou la Maîtresse feront dans le coeur et intérieurement l'offrande de la Colombe à l'Eternel.
Nous trouvons dans le rituel de maçonnerie égyptienne de Cagliostro deux rituels principaux qui font appel à la fonction de la Colombe, ce qui ne veut pas dire que son rôle se soitlimité à ceux-ci.

CÉRÉMONIE DE CONSÉCRATION DE LA LOGE

La première cérémonie correspond à la consécration de la Loge et est conduite par le Vénérable. Il d'ailleurs intéressant de constater qu'il ne s'agit pas d'une loge mixte, mais qu'une importante fonction est tout de même réservée à une femme.
Le jour venu et la cérémonie d'ouverture accomplie, le Vénérable se lève, se rend au centredu temple et appelle la Colombe qui, vêtue selon son office, s'approche de lui. Il lui demande de s'agenouiller. Compte tenu de la description un peu confuse on peut imaginer, qu'elle s'agenouille au pied de l'Orient, tournée vers l'Occident. Le Vénérable se tient quant à lui face à elle, donc face à l'Est et au Tabernacle. Il brandit son glaive de la main droite et décrit sans changer de place trois cercles dans l'air en face du Tabernacle par 3 fois 3, en ayant dans son esprit l'invocation à l'Eternel et sollicitant son secours pour la faire réussir dans ses travaux.
Il prononce à haute voix : Moi..., tel.., par le pouvoir que le Grand Cophte m'a donné et qu'il me donne, j'invoque ton aide, grand Dieu Eternel, pour que je puisse donner à la présente Colombe une augmentation de pouvoir, de conception et de force nécessaires afin qu'elle puisse me répondre clairement et avec vérité à toutes les demandes, invocations, et prières que je vais lui faire. Il ajoute à la Colombe : Mon enfant, supplie l'Eternel de te pardonner toutes tes fautes passées. Exécute ponctuellement l'ordre que je te donne d'avoir le plus profond respect pour tous les Etres spirituels et grands personnages qui vont te comparaître, et ressouviens-toi d'agir et de travailler pour la consécration de ce temple dédié à l'Eternel, non comme un enfant mais en philosophe ; car telles sont les intentions et la volonté du Grand Cophte fondateur et grand Maître. Il peut lui demander également de s'adresser à l'Eternel en répétant mot à mot la prière suivante :
  • Grand Dieu Eternel, je me recommande entièrement à vous, je vous prie de me pardonner mes fautes passées, et je vous supplie en faveur de mon innocence et du pouvoir dont m'a revêtu le Grand Cophte, premier Ministre de votre grand Temple, de me faire parvenir à la vérité et de me faire jouir de toutes les grâces que je sollicite de votre bonté et de votre miséricorde.
Le Vénérable appelle le Maître Grand Inspecteur de la loge. Il lui demande de conduire la Colombe au Tabernacle, de le visiter et de l'y enfermer. Le maître grand inspecteur s'exécute et suspend, après avoir fermé la porte, la clé sur sa poitrine à un ruban rouge.
Puis le chef agissant toujours debout et l'épée à la main, prononcera les invocations adressées à l'Eternel, élevant son esprit vers lui avant de débuter la partie centrale de l'invocation des esprits, préalable obligatoire pour la consécration de la Loge. 
Le Grand Maître comme la Grande Maîtresse peuvent procéder à cette opération, mais seul le premier pourra commander, invoquer, et faire paraître aux yeux de la Colombe les sept anges et les douze vieillards du Grand Cophte, tandis que la Grande Maîtresse ne pourra commander qu'aux sept anges seulement qui sont Anael, Michael, Raphael, Zodiachel, Uriel, Anachiel, Zachariel.
On imagine que la Colombe est debout dans le Tabernacle, attendant le début des invocations et des manifestations dont elle est censée devoir être le témoin.
Deux textes extrêmement proches formalisent l'invocation ou le commandement que doit effectuer le Vénérable. Tous deux ont le même objectif, invoquer les hiérarchies invisibles pour leur demander leur accord et leur aide pour l'opération en cours. Comme il est de tradition dans ce type de manifestation, il sera demandé à la Colombe d'en faire une description précise permettant d'identifier avec certitude l'esprit qui se manifeste.
Dans la première formule, le Vénérable déclare : A cet effet… moi ... tel par le pouvoir  que m'accorde le Grand Cophte notre fondateur, je commande et j'ordonne à l'ange A... de comparaître aux yeux de la Colombe avec toute la classe et hiérarchie des esprits qui lui sont soumis, et de se placer de manière que la Colombe en puisse faire une description et un rapport exact. 
Puis le Vénérable frappe le sol de son pied droit à trois reprises.
Comme nous le disions plus haut, il est bien précisé que la Colombe doit faire au Vénérable le détail le plus circonstancié du lieu, de la quantité d'anges, de leurs figures, de leurs vêtements, de leur couleur, enfin de tout ce que fera A...
La deuxième formule est plus complète et détaille mieux le déroulement du processus
d'invocation. Il est fort vraisemblable que les deux textes pouvaient être indifféremment utilisés.
Le Vénérable déclare : En vertu du pouvoir dont je suis revêtu et au nom de l'Eternel, je t'ordonne A... de donner un signe à la Colombe et de lui dire de ta propre bouche si nous nous trouvons en règle pour parvenir à consacrer parfaitement le Temple à l'Etre suprême selon les intentions du Grand Cophte. Il existe une variante dans cette technique d'apparition des esprits. Dans les deux formules qui précèdent, c'est le Vénérable qui fait l'invocation et la Colombe est le témoin et l'interprète de la manifestation.
Dans la variante ci-après, le Vénérable guide la Colombe qui prononce elle-même les invocations.
Le Maître agissant étant retourné à sa place, il dit à la Colombe : Mon enfant, répète avec moi les mots que je vais prononcer : A... je t'ordonne par le pouvoir que le Grand Cophte a donné à mon maître de comparaître en ma présence, sans me causer aucune terreur, sous la forme la plus agréable, et de me répondre avec vérité. 
De la même manière que lorsqu'il faisait l'invocation lui-même, il lui demande de frapper trois fois le sol du pied droit, et à chaque fois appeler A... Si l'a... ne paraît pas, il la fait répéter de nouveau A... et donner un autre coup de pied jusqu'à ce qu'il paraisse.
Ayant comparu, le Maître interroge la Colombe pour savoir comment il est vêtu. S'il est en talare, s'il a des rubans, des cordons, et quelles en sont les couleurs ? Quelle est celle de ses cheveux ? Comment est son visage. Enfin, s'il lui plaît, s'il a l'air content, s'il lui sourit ? Il ordonnera à la Colombe de lui prendre la main, de l'embrasser ; il demande à la Colombe dans quel lieu elle le voit, si c'est un jardin ou une chambre ; il s'en fait faire la description la plus détaillée. 
On remarque donc que même si la procédure est identique dans les deux cas, elle ne semble pas figée, puisque les deux invocations se révèlent possibles. Qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, le Vénérable attend la réponse de la Colombe, puis passe de la même manière et par les mêmes mots à l'invocation du deuxième ange et ainsi
de suite pour les autres. 
Les réponses des sept anges étant uniformes et favorables, le Vénérable dit : Nous, maître de la vraie loge, nous ordonnons aux sept a.., primitifs de faire comparaître les douze philosophes. 
Les douze philosophes étant apparus, il répète le même commandement fait à chacun des sept anges afin qu'ils donnent un signe à la Colombe ou qu'ils disent de leur propre bouche, si on se trouve en règle pour la consécration parfaite.
Le Vénérable fera comparaître ensuite E N... et E L... ayant apparu et le détail de tout ce qui les concerne achevé, il dira :
E N... et E L... nous vous supplions de vous laisser toucher, par notre candeur, notre vertu et notre confiance dans l'Eternel afin de nous accorder la faveur de contribuer vousmême à perfectionner cette sainte et divine cérémonie ; nous vous prions de plus au nom du grand Dieu Eternel et en vertu du pouvoir du grand Cophte de faire un signe à la Colombe, ou de lui dire avec vérité de votre propre bouche si les travaux faits pour la consécration intérieure et extérieure de notre grande loge et de ses dépendances ainsi que de sa dédicace à l'Eternel sont en règle, et s'ils sont parfaits et complets. 
Sans doute pour compléter cette démarche d'approbation, " les sept A..., et les douze vieillards sujets du Grand Cophte étant présents, il chargera la colombe de demander à A... au nom de l'Eternel, s'il consent avec joie et empressement à vouloir bien l'aider de ses conseils pour guider ses maîtres dans le grand objet de la consécration du Temple. Sur sa réponse affirmative, elle lui demandera si la présente formule de consécration est entière, complète et parfaite. Le sollicitant, toujours au nom de l'Eternel par le pouvoir du Grand Cophte et selon son intention de lui indiquer les changements ou augmentation qu'il serait nécessaire d'y faire, supposé qu'il y en eût à faire. Pendant ce temps, le Vénérable non agissant écrira ce qu'il se dira. 
On remarque ce que nous retrouverons dans la cérémonie de réception, c'est à dire la recherche de l'assentiment de l'opération par les hiérarchies invisibles associés au directives complémentaires transmises par ces mêmes hiérarchies. Ceci obtenu, le rite de consécration peut se poursuivre. 
Sa réponse étant connue par l'intermédiaire de la Colombe, le Vénérable dira : Nous te conjurons, grand Maître, de ne point vouloir disparaître et te séparer de nous sans nous donner ta bénédiction paternelle au nom du grand dieu. Le Vénérable permet à la Colombe de s'asseoir ou de se tenir debout selon ses forces, mais à l'apparition du Grand Cophte, il la fera mettre à genoux et lorsqu'à la fin de la consécration, un peu plus bas le Vénérable suppliera l'Eternel d'accorder le signe désiré il lui ordonnera auparavant non seulement de se mettre à genoux mais encore de quitter ses souliers. 
Le Vénérable se fera instruire par la Colombe de quelle manière leurs prières sont reçues et exaucées. Son rapport terminé, le Vénérable se mettra à genoux ; ayant la pointe de l'épée basse et le corps courbé, il dira :
Grand Dieu Eternel, Etre suprême et souverain, si notre faiblesse et notre fragilité peuvent nous faire trouver grâce et miséricorde devant toi, si ayant pitié de nous et sensible à notre brûlant amour tu veux bien nous permettre d'implorer ta grande et inépuisable bonté, si nous te paraissons dignes enfin de mériter une marque de ta protection, nous te supplions et nous te conjurons du plus profond de notre coeur de faire paraître aux yeux de la Colombe un signe particulier qui nous comblera de joie et de félicité en nous prouvant que notre ferveur, notre sincérité et notre amour t'ont touché.
Le Vénérable demandera à la Colombe ce qu'elle voit, et dans le cas où elle aurait le bon heur d'apercevoir le signe désiré, le Vénérable mettra le front contre terre. 
Ces réponses obtenues, il ajoute : Nous vous ordonnons à vous sept a… , à vous douze philosophes au nom et à la gloire du grand Dieu Eternel et par le pouvoir du Grand Cophte d'agir, opérer et travailler suivant ses intentions pour inaugurer, consacrer et bénir cette grande loge avec ses dépendances dédiées à l'Eternel, non seulement intérieurement mais extérieurement avec toutes les cérémonies parfaites et complètes à vous connues. Suit vraisemblablement à cette étape la consécration du temple selon les techniques habituelles, éventuellement associées aux directives reçues par l'intermédiaire de la Colombe. A la fin du rite, on ouvre le Tabernacle afin que la Colombe puisse sortir. Il est possible que le Vénérable agissant désire procurer à la Colombe des visions pour la nuit suivante.
Pour cela, il lui demande de s'agenouiller, pose le glaive sur sa tête lui faisant invoquer l'Etre suprême et le secours du Grand Cophte, afin d'obtenir pendant la nuit une vision satisfaisante et relative à ce qui s'est passé.
La cérémonie se termine par les remerciements adressés à l'Eternel.
A noter d'ailleurs que cette cérémonie de consécration peut se dérouler sur trois jours.

LA CÉRÉMONIE DE RÉCEPTION

Le déroulement de la cérémonie est sensiblement identique à celle que nous venons de décrire et nous ne reviendrons pas sur les détails que nous venons de révéler. La trame est assez bien décrite dans la Réception de Maîtresse de la loge égyptienne d'adoption. C'est pour cette raison que nous utiliserons la terminologie de ces passages et par exemple le titre de la Grande Maîtresse qui opère.
L'objet du rituel est double. Il consiste dans un premier temps à utiliser la fonction de la Colombe pour invoquer les Esprits et demander leur assentiment pour la réception du nouveau Maître. D'autre part, il a pour objet de consacrer les éléments et décors qui seront utilisés et remis au nouvel initié.
La Grande Maîtresse opérant fait faire l'adoration par tous les participants.
Puis elle appelle ensuite la colombe qui était assise jusque là sur un tabouret bleu et argent, au pied de la dernière marche du Trône. Puis elle la fera agenouiller devant elle et lui dira :
" Enfants de Dieu, je t'ordonne de répéter mot à mot avec moi : Grand Dieu Eternel ! par le pouvoir que vous avez donné au Grand Fondateur de l'ordre, et par celui que me procure on innocence, je vous supplie de me continuer vos bienfaits, et de consacrer mon individu pour me rendre (Médiateur ou Médiatrice, selon le sexe) entre les Anges et ma maîtresse. 
La Maîtresse gardant le silence deux ou trois minutes, recommandera intérieurement la Colombe à l'Eternel ; elle élèvera son esprit à Dieu, ainsi que tous les assistants, et fera signe à la maîtresse des cérémonies de relever la colombe et de la conduire dans le tabernacle.
La Colombe est préparée et enfermée comme précédemment dans le Tabernacle.
Immédiatement après, la grande maîtresse ordonnera aux soeurs Secrétaire et Maîtresse des Cérémonies d'aller préparer la récipiendaire.
La cérémonie d'admission pourra véritablement débuter. 
La récipiendaire est introduite dans la Loge la tête couverte d'un voile noir et après plusieurs étapes, agenouillée devant l'autel de la Vénérable.
Là débutent les invocations des puissances angéliques.
La Grande Maîtresse ayant prononcée le psaume Miserere mei, Deus secundum magnam… , dira à la colombe en termes clairs et précis : Enfant de Dieu, N..., je t'ordonne
par le pouvoir dont je suis revêtue et par celui que je t'accorde, de faire comparaître en ta présence l'ange... ange que la Grande Maîtresse aura choisie ou le premier qui lui viendra à la pensée. Elle le fera nommer trois fois par la Colombe et frapper un coup de pied droit à terre.
L'ange ayant paru, la maîtresse lui fera demander par la Colombe s'il est permis que la soeur soit purifiée et dépouillée de son voile noir. Cela étant fait, le voile est enlevée et les soeurs entonnent le Veni Creator. La récipiendaire est relevée, purifiée et écoute un discours sur Salomon et la reine de Saba. Puis elle partage le vin. Il est procédé ensuite à la consécration des ornements, par l'intermédiaire de la Colombe.
Pour cela, elle procèdera de la même manière que précédemment pour les six autres anges, les nommant l'un après l'autre, et les faisant appeler de la même manière par la Colombe. Ceux-ci ayant comparus devant cette dernière, la Maîtresse tenant l'épée de sa main droite demandera à la colombe de répéter avec elle les paroles suivantes :
Par le pouvoir que le grand Fondateur a conféré à ma maîtresse et en vertu de celui que je tiens d'elle, ainsi que de mon innocence, je vous ordonne, anges primitifs, de consacrer ces ornements, en les faisant passer par vos mains en les bénissant. 
La Colombe ayant informé la maîtresse que les anges ont exécuté sa volonté, la maîtresse lui ordonnera de faire comparaître Moïse afin qu'il donne sa bénédiction à chaque ornement, et qu'il tienne dans sa main droite la couronne de roses jusqu'à la fin de l'opération.
Cette partie de la cérémonie accomplie, la Colombe fait descendre les ornements par la petite fenêtre du tabernacle en les attachant à un ruban. Ceux-ci sont placés dans un plateau d'argent et remis rituellement à la récipiendaire.
Puis la maîtresse invoquera à haute voix la protection de l'Eternel et ordonnera à la
Colombe de lui dire si Moïse tient toujours la couronne de roses. Sur sa réponse affirmative, elle lui commandera de se la faire remettre, et de la descendre attachée à un ruban par la petite fenêtre de son Tabernacle. La maîtresse des cérémonies se placera au-dessous et recueille la couronne sur un plat d'argent.
Celle-ci, après l'avoir reçue sur ce plat la présentera, les yeux à terre, à la Grande Maîtresse, qui la prendra de sa main droite, fera mettre à genoux la récipiendaire et la lui remettra rituellement.
Après la conclusion de la cérémonie et les hymnes, la Grande Maîtresse fera un discours analogue à toute cette réception et ordonnera à la Colombe de demander à Moïse et aux sept anges si l'opération est complète et parfaite. Il sera permis, en outre, à la Grande Maîtresse d'invoquer la venue du Grand Fondateur pour confirmer et bénir cette réception.
La Grande Maîtresse ordonnera à la Colombe de sortir du Tabernacle, et après avoir fait adorer et remercier l'Eternel, elle fermera la loge. 
La description de la cérémonie d'initiation de Maître égyptien est présentée d'une façon beaucoup plus succincte, mais doit correspondre au même schéma, quant au rôle tenu par la Colombe. Nous trouvons en effet la mention des décors transmis à l'impétrant : " il le décorera ensuite du cordon rouge et lui remettra le tablier et les gants après qu'ils auront été bénis et consacrés tant par les an… que par Enoch, Elie et Moïse. 
Et à la fin de la cérémonie d'une façon analogue que pour les soeurs, nous lisons : 
Les Vénérables ainsi que les assistants se lèveront et le Vénérable agissant allant au milieu de la chambre, et se retournant en face du nom de Dieu, il ordonnera à la colombe, en vertu du pouvoir qu'il tient du Grand Fondateur, de demander aux An... si la réception qui vient de se faire est parfaite et agréable à la Divinité. 
Le signe d'approbation ayant été fait par les An..., à la colombe, les Vénérables et assistants se prosterneront, et feront dans leurs coeurs, leurs remerciements au grand Dieu pour toutes" les grâces dont il vient de les favoriser.
Comme nous venons de le voir d'après les textes eux-mêmes, il est acquis que la fonction de Colombe est extrêmement importante dans la maçonnerie égyptienne de Cagliostro. 
Certains éléments sont lacunaires, les rites de cette époque ne fixant que le cadre général des exigences rituelles et n'entrant pas dans les détails et développements de la fonction, du sens de la gestuelle et des pratiques précises. C'est la transmission orale qui a pu dans certains cas les transmettre.
Cagliostro nous donne un résumé de l'opération dans le catéchisme de Maître.
Voici ce qu'il en dit :
D.- Quels sont ces travaux ? [réponse précédente : Les travaux donnés par le Grand Fondateur]
R.- Ils sont entièrement spirituels et n'ont d'autre but que de mériter d'être admis dans le temple de Dieu où on s'y occupe des mêmes opérations que fit jadis Salomon en présence de tous les peuples, lorsqu'il consacra le temple qu'il bâtit à l'Eternel.
D.- Qu'y avait-il au milieu du Temple de Salomon ?
R.- Le véritable Tabernacle, séjour de l'innocence. A la voix de l'invocation, l'Eternel manifesta sa puissance en favorisant ce lieu de la présence de tous les An… Arch… Séraph… et Chérub…
D.- Comment Salomon commença-t-il son travail ?
R.- Il descendit de son trône, il posa sa main, les doigts écartés, sur la tête de la colombe, en lui donnant un coup de son glaive sacré, il en fit le véritable holocauste qu'il offrit à l'Etre suprême ; il l'envoya dans ce tabernacle et fit ensuite les prières et les invocations d'une manière si claire que tout le peuple l'entendit. Son travail et sa confiance furent parfaits, car il vit l'effet évident des grâces propagées sur tous les hommes.
D.- Notre grand Maître pratique-t-il et suit-il toujours la même méthode ?
R.- Toujours, aussi, tous les travaux faits suivant ses constitutions et ses ordonnances, sont-ils constamment couronnés du plus grand succès…
Voici une des rares gravures montrant une cérémonie au rite égyptien de Cagliostro. On y retrouve les principaux éléments composant le rituel de la Colombe. Il convient toutefois de l’analyser avec un minimum de précaution. 
En effet, si plusieurs détails correspondent aux descriptifs de Cagliostro, leur association s’en éloigne quelque peu. Ainsi, le rite décrit bien l’usage de l’épée et des cercles tracées autour de la colombe agenouillée comme nous le voyons ici. Mais elle est ensuite conduite dans le tabernacle pour la suite de la cérémonie. 
Celui-ci est reconnaissable à sa position à l’Orient et à sa fenêtre ouverte vers le temple. La Colombe ne peut donc pas être présente à la fois au milieu du temple et à la fenêtre du tabernacle. Son apparition à la fenêtre, tendant la couronne de roses correspond à une autre partie du rituel. 
Cagliostro précise toutefois que la Colombe n’apparaît jamais comme nous le voyons ici. Elle reste cachée dans le sanctuaire et fait descendre la couronne au bout d’un mince cordon. 
Enfin et tout aussi intéressant, nous remarquons que la Colombe est vraisemblablement une jeune femme, sans doute initiée puisqu’elle porte le sautoir comme ses soeurs qui se tiennent dans le temple. 
On le voit, cette intéressante gravure est une véritable synthèse du rituel de la Colombe que nous étudions ici.