Ordre des Architectes Africains


RITE DES ARCHITECTES AFRICAINS
CRATA REPOA 
OU INITIATIONS AUX ANCIENS MYSTÈRES DES PRÊTRES D'ÉGYPTE.

Le rite des "Architectes Africains" fut sans doute l'un des premiers rites égyptiens. 
L'égyptomanie commença à se développer avec l'œuvre d'Athanase Kircher (1652) et l'écriture de son Oedipus Aegyptiacus. Plus tard, l'abbé Terrasson, hellé­niste et académicien, éditera un roman pseudo-initiatique, Sethos ou Vie tirée des monuments et anecdotes de l'ancienne Egypte (1728). 
Ce récit décrit des initia­tions imaginaires censées se dérouler en terre d'Egypte. 
En 1770, deux allemands, von Köppen et von Hymmen, l'imiteront en publiant le Crata Repoa, suite de textes initiatiques se déroulant dans la même contrée. Rappelons que von Köppen fut l'auteur de ce qui est reconnu comme l'un des premiers rites égyptiens, le Rite des "Architectes Africains" créé à Berlin vers 1767.
Marconis de Nègre s'inspira de ce texte en le développant dans le chapitre inti­tulé L'initiation de Platon, que nous présenterons dans un des prochains numéros d'Arcana.
Il nous a paru intéressant et utile de commencer par la publication de ce texte peu connu du Crata Repoa. 
En effet, bon nombre d'éléments symboliques et initia­tiques qu'il contient dépassent largement le cadre de la maçonnerie égyptienne et se retrouvent sous une forme ou sous une autre dans différents rites maçonniques. C'est donc un élément important de compréhension de notre tradition.
PRÉPARATIONS
Lorsqu'un aspirant aux mystères avait le désir d'entrer dans la société antique et mysté­rieuse de Crata Repoa, il devait se faire recommander par un des Initiés.
La proposition en était ordinairement faite par le Roi lui-même, qui écrivait à cet effet une lettre aux prêtres.
Ceux-ci adressaient cet aspirant d'Héliopolis aux doctes de l'Institution, à Memphis ; de Memphis, on le renvoyait à Thèbes (1).
Il était circoncis (2).
On le mettait à un régime particulier ; on lui interdisait l'usage de certains aliments (3), même du vin, jusqu'à ce qu'il eût obtenu, dans un grade supérieur, la permission d'en boire de temps en temps. On l'obligeait à passer plusieurs mois, comme un prisonnier, dans un souterrain, où on l'abandonnait à ses réflexions ; il jouissait de la faculté d'écrire ses pen­sées. Elles étaient ensuite examinées attentivement, et servaient à faire connaître le degré de son intelligence.
Lorsque le temps de quitter le souterrain était arrivé, on le conduisait dans une galerie entourée de colonnes d'Hermès, sur lesquelles étaient gravées des sentences qu'on lui fai­sait apprendre par cœur (4).
Dès qu'il les savait, un membre de la société ayant le nom de Thesmosphores (5), s'ap­prochait de lui, tenant à la main un grand fouet, pour contenir le peuple devant la porte dite des profanes, par laquelle il introduisait le Récipiendaire dans une grotte.
Là, on lui bandait les yeux, et on lui attachait les mains avec des liens élastiques.

PREMIER GRADE
Pastophoris

Ou Apprenti, chargé de la garde de l'entrée qui conduisait à la Porte des hommes.
Le Récipiendaire étant préparé dans la grotte, le Thesmosphores le prenait par la main (6), et le présentait à la porte des hommes (7).
A son arrivée, le Thesmosphores touchait sur l'épaule du Pastophoris (l'un des Apprentis précédemment reçus), qui était de garde à l'extérieur, et l'invitait à annoncer le Récipiendaire ; ce que celui-ci faisait en frappant à la porte d'entrée (8).
Le Néophyte ayant satisfait aux questions qui lui étaient adressées d'abord, la porte des hommes s'ouvrait, et il était introduit.
L'Hiérophante lui posait de nouvelles questions sur différents sujets. Il devait de même y répondre catégoriquement (9).
On le faisait ensuite voyager dans l'enceinte de la Birantha (10), et pendant ce temps, on cherchait à l'effrayer par des éclairs, des coups de tonnerre, et en produisant artificiellement autour de lui tous les effets de la grêle, de la tempête et de la foudre (11).
S'il ne s'en laissait pas trop effrayer, et s'il n'était pas déconcerté, le Menies, ou lecteur des lois, lui lisait les constitutions de la société de Crata Repoa. Il était obligé de promettre de s'y conformer.
Après cette adhésion, le Thesmosphores le conduisait, tête nue, devant l'Hiérophante ; il s'agenouillait ; on lui mettait la pointe d'un glaive sur la gorge, et on lui faisait prêter le ser­ment de fidélité et de discrétion. Il invoquait le soleil, la lune et les astres, pour témoins de sa sincérité (12).
Cet engagement solennel prononcé, on lui ôtait le bandeau de dessus les yeux, et on le pla­çait entre deux colonnes carrées, nommées Betilies (13).
Au milieu de ces deux colonnes, étaient couchées une échelle à sept échelons, et une autre figure allégorique, composée de huit portes de différentes dimensions (14).
L'Hiérophante n'expliquait pas d'abord au Récipiendaire le sens mystérieux de ces emblè­mes ; mais il lui tenait le discours suivant :
"Vous qui venez d'acquérir le droit de m'entendre, je m'adresse à vous : les portes de cetteenceinte sont sévèrement fermées aux Profanes, qui ne peuvent y pénétrer ; mais vous, Menès Musée, vous, enfant des travaux et des recherches célestes, écoutez ma voix ; elle va vous enseigner de grandes vérités. 
Soyez en garde contre les préjugés et les passions qui pourraient vous éloigner du véritable chemin du bonheur; fixez vos pensées sur l'Etre divin ; ayez-le toujours devant les yeux, afin de mieux gouverner votre cœur et vos sens. 
Si vous voulez marcher dans la vraie route de la félicité, songez que vous êtes sans cesse en présence du Tout-Puissant, qui gouverne l'univers. Cet Etre unique a produit toutes choses ; il les conserve, et existe par lui-même. Aucun mortel ne peut le voir ; rien ne peut être sous­trait à ses regards (15)."
Après ce discours, on faisait passer l'Apprenti sur les degrés de l'échelle, et on lui indi­quait à mesure quel en était le symbole fondé sur la métempsycose. On lui enseignait aussi que les noms et les attributions des Dieux avaient une toute autre signification que celle que le peuple y attachait.
Ce grade étant consacré à la physique, on lui expliquait les causes des vents, des éclairs, du tonnerre ; on y comprenait l'anatomie, l'art de guérir et de composer les médicaments.
C'était également dans ce même grade que l'on enseignait aux néophytes la langue sym­bolique et l'écriture vulgaire des hiéroglyphes (16).
La réception finie, l'Hiérophante donnait à l'Initié le mot d'ordre, à l'aide duquel tous les Initiés se reconnaissaient. Ce mot était Amoun ; il signifiait sois discret (17).
Ils se reconnaissaient encore par un attouchement manuel (18).
On remettait au Récipiendaire une espèce de bonnet terminé en pyramide, et on lui cei­gnait autour des reins un tablier appelé Xylon.
Il portait autour du cou un collet dont les bouts tombaient sur la poitrine.
Du reste, il était déshabillé pendant la réception.
Il devait garder à son tour la porte des hommes.
Cette illustration reprend la gravure parue dans l’Histoire des reli­gions de Delaulnaye, censée représenter les épreuves des quat­re éléments qui se pratiquaient lors de la réception des initiés à Memphis. Le Crata Repoa développe cette origine mythique.

SECOND GRADE.
Neo coris.

Si le Pastophoris, pendant l'année de son apprentissage, avait donné des marques d'intel­ligence, on lui imposait un jeûne sévère, pour le préparer à devenir Neocoris (19).
Cette année expirée, il était mis dans une chambre obscure, appelée Endimion (20).
De belles femmes lui servaient des mets délicats, pour ranimer ses forces épuisées. C'étaient les épouses des prêtres, et même les vierges consacrées à Diane, qui allaient ainsi le visiter. Elles l'excitaient à l'amour par toutes sortes d'agaceries.
Il devait triompher de cette épreuve difficile, pour prouver l'empire qu'il avait sur lui-même.
Après l'avoir subie, le Thesmosphores venait à lui, et lui posait diverses questions.
Si le Neocoris y répondait avec justesse, on l'introduisait dans l'assemblée.
Le Stolista (ou Aspergeur) jetait de l'eau sur lui pour le purifier ; on l'obligeait à affirmer qu'il s'était toujours conduit avec sagesse et chasteté.
Après cette déclaration, le Thesmosphores courait vers lui, ayant dans les mains un ser­pent vivant qu'il lui jetait sur le corps, et le retirait par le bas tablier (21).
Le local paraissait rempli de reptiles, pour tâcher de porter l'effroi dans l'âme du Neocoris (22).
Plus il se montrait courageux dans cette épreuve, plus il était comblé d'éloges après sa réception.
On le ramenait ensuite vers deux colonnes très élevées, au milieu desquelles un griffon poussait une roue devant lui (23).
Ces colonnes signifiaient Orient et Occident. Le griffon était l'emblème du soleil ; et la roue, du centre de laquelle partaient quatre rayons, figurait les quatre saisons.
On lui apprenait en même temps l'art de calculer l'hygromètre (qui servait à évaluer les inondations du Nil) ; on l'instruisait dans la géométrie et l'architecture, et il se familiarisait avec les calculs et les échelles des mesures dont il devait avoir à se servir dans la suite. Mais ceci était un grand secret, qui n'était découvert qu'à ceux qui appartenaient à une secte dont les connaissances étaient bien supérieures à celles de la population.
On lui donnait pour insigne un bâton accolé d'un serpent. Le mot d'ordre du grade était Eve : à cette occasion, on lui racontait l'histoire de la chute du genre humain (24).
Croiser les deux bras sur la poitrine, était le signe dont il devait se servir pour se faire reconnaître (25).
Son emploi était de laver les colonnes.

TROISIÈME GRADE.
La Porte de la Mort.

Le nouvel Initié recevait le nom du Melanephoris.
L'intelligence et la bonne conduite de Neocois l'ayant rendu digne de ce grade, on le pré­venait du moment de sa réception.
Il était conduit par le Thesmosphores dans un vestibule au-dessus de l'entrée duquel était écrit : Porte de la Mort.
Ce vestibule était rempli de différentes espèces de momies et de cercueils figurés : des dessins analogues en ornaient les murailles. Comme c'était l'endroit où l'on déposait les morts, le nouveau Melanephoris y trouvait les Paraskistes (26), et les Heroi (27) qui s'oc­cupaient de leurs travaux. Au milieu, était placé le cercueil d'Osiris, qui, à cause de son assassinat supposé récent, portait encore des traces de sang.
On demandait au nouveau Melanephoris s'il avait pris part à l'assassinat de son maître ? Après sa réponse négative, deux Tapixeytes (28) s'emparaient de lui.
Ils le conduisaient dans une salle ou étaient les autres Melanephoris habillés en noir. Le roi lui-même, qui assistait toujours à cette cérémonie, abordait le Récipiendaire avec une apparence gracieuse, et lui présentait une couronne d'or qu'il lui proposait d'accepter, s'il ne se croyait pas assez de courage pour soutenir les épreuves qu'on allait lui faire subir.
Mais le nouveau Melanephoris, sachant qu'il devait rejeter cette couronne, la foulait aux pieds (29). Aussitôt le roi s'écriait : Outrage, vengeance ? et, s'emparant de la hache des sacrifices, en frappait (doucement) le Melanephoris à la tête (30).
Les deux Tapixeytes renversaient le Récipiendaire ; les Paraskistes l'enveloppaient des bandelettes des momies. Pendant cette action, tous les assistants gémissaient autour de lui. On le transportait vers une porte où était écrit : Sanctuaire des Esprits. Au moment où on l'ouvrait, des coups de tonnerre se faisaient entendre, des éclairs brillaient, et le prétendu mort se trouvait entouré de feu (31).
Caron s'emparait de lui comme d'un esprit, et le descendait chez les juges des sombres bords. Pluton, assis sur son siège avait à ses côtés Rhadamante et Minos, ainsi qu'Alecton Nicteus, Alaster et Orpheus (32).
Ce tribunal redoutable lui adressait des questions sévères sur tout le cours de sa vie ; enfin, on le condamnait à errer dans ces galeries souterraines.
On le débarrassait ensuite de ses enveloppes et de tout l'appareil mortuaire.
Il recevait alors de nouvelles instructions ; elles étaient ainsi conçues :
  1. N'avoir jamais soif du sang, et assister les membres de la société, lorsque leur vie est en danger ;
  2. Ne jamais laisser un mort sans sépulture ;
  3. Attendre une résurrection des morts et un jugement futur.
On l'obligeait, dans ce grade, à s'occuper, pendant un certain temps, du dessin et de la peinture ; car il entrait dans les fonctions d'un Melanephoris de décorer les cercueils et les rubans des momies.
Une écriture particulière lui était enseignée ; on la nommait hiero-grammaticale : elle lui devenait d'autant plus utile, que l'histoire d'Egypte, la géographie, les éléments de l'astro­nomie, étaient tracés dans cette langue.
Il recevait aussi des leçons de rhétorique, afin de pouvoir prononcer en public les oraisons funèbres.
Le signe de reconnaissance consistait dans une embrassade particulière, dont l'objet devait exprimer la puissance de la mort ; le mot était Monach Caron mini. Je compte les jours de la colère.
Le Melanephoris restait dans ces galeries souterraines jusqu'à ce qu'on pût juger s'il était capable d'avancer dans de plus hautes sciences, ou si l'on ne pourrait faire de lui qu'un Paraskiste ou un Heroi ; car il devait y passer le reste de ses jours, s'il n'atteignait pas aux véritables connaissances.
En 1770, deux allemands, von Köppen et von Hymmen, publient le Crata Repoa. Nous publions ici la suite de la première partie présentée dans le numéro précé­dent.
Marconis de Nègre s'inspira de ce texte en le développant dans le chapitre inti­tulé L'initiation de Platon, que nous présentons dans l'article suivant.

QUATRIÈME GRADE 
Bataille des Ombres
(Tertullien, de militis Coronâ) 
Chistophoris

Le temps de la colère durait ordinairement dix-huit mois. Lorsqu'il était passé, le Thesmosphores venait voir l'initié, le saluait gracieusement, et l'invitait à le suivre après l'a­voir armé d'une épée et d'un bouclier.
Ils parcouraient des galeries sombres. Tout à coup, des hommes masqués sous des figures hideuses, entourés de serpents et ayant des flambeaux à la main, attaquaient l'initié en criant Panis.
Le Thesmosphores l'excitait à affronter les dangers et à surmonter tous les obstacles. Il se défendait avec courage, mais il succombait sous le nombre; alors on lui bandait les yeux, et on lui passait une corde au cou avec laquelle il était traîné par terre jusqu'à la salle où il devait recevoir un nouveau grade.
Les ombres s'éloignaient subitement en poussant de nouveaux cris. On le relevait exténué et on l'introduisait, pouvant à peine se soutenir, dans l'assemblée. La lumière lui était rendue et ses yeux étaient frappés des décorations les plus brillantes. La salle offrait la réunion des plus beaux tableaux. Le Roi lui-même siégeait à côté du Demiourgos (chef, inspecteur de la société).
Au-dessous de ces hauts personnages, étaient assis le Stolista (purificateur par l'eau); le Hierostolista (secrétaire), portant une plume à sa coiffure; le Zacoris (trésorier), et le Komastis (chargé des banquets).
Tous portaient l'Alydée. (Vérité. C'était une décoration égyptienne. Actianus, Var. Hist. liv. XIV, chap. 34, en parle en ces termes: "Eum omnium hominum justissimum et tenacissimum opportebat qui circa collum imaginem ex saphiro gemma confectam gestabat".)
L'Odos (l'orateur, le chanteur) (F) prononçait un discours, dans lequel il félicitait le nouveau Chistophoris sur son courage et sur sa résolution. Il l'invitait à persévérer car celui-ci n'é­tait encore qu'à la moitié des travaux qu'il avait à subir pour fournir complètement ses preu­ves.
On lui présentait une coupe remplie d'une boisson très amère et qui s'appelait Cice (c'était vraisemblablement le même breuvage que celui qui portait le nom de Athénée, liv. 9): il fallait qu'il la vidât en entier.
On le revêtait de divers ornements. Il recevait le bouclier d'Isis, ou celui de Minerve; on lui chaussait les brodequins d'Anubis (ou Mercure), et on le couvrait du manteau d'Orci, orné de son capuchon.
On lui ordonnait de se saisir d'un cimeterre qui lui était présenté, de trancher la tête d'un individu qu'il trouverait au fond d'une caverne peu éloignée où il allait pénétrer, et de l'ap­porter au Roi. Au même moment, chaque membre s'écriait : Niobe: voilà la caverne de l'en­nemi.
En y entrant, il apercevait la figure d'une très belle femme. Elle était composée de peaux très fines ou de vessies, et si artiste-ment faite, qu'elle semblait être vivante. Le nouveau Chistophoris s'en approchait, la prenait par les cheveux et lui tranchait la tête qu'il présentait au Roi et au Demiourgos.
Après avoir applaudi à son action héroïque, ils lui annonçaient que c'était la tête de la Gorgo (Gorgo, Gorgal et Gorgone, sont les noms égyptiens de Méduse), épouse de Typhon, qu'il avait cou-pée, laquelle avait occasionné l'assassinat d'Osiris. On saisis-sait cette circonstance pour l'engager à être toujours le vengeur du mal.
Il recevait ensuite l'autorisation de revêtir de nouveaux habits qu'on lui présentait. Son nom était inscrit dans un livre où se trouvaient ceux de tous les juges du pays. Il jouissait d'un commerce libre avec le Roi et recevait sa nourriture journalière de la cour (Diodore de Sicile, liv. 1, de Judiciis Ægyptiorum). 
On lui remettait avec le code des lois une déco­ration qu'il ne pouvait porter qu'à la réception d'un Chistophoris, ou seulement dans la ville de Saïs. Elle représentait Isis, ou Minerve, sous la forme d'un hibou. Cette allégorie lui était ainsi expliquée : "L'homme, à sa naissance, est aveugle comme le hibou, et il ne devient homme qu'à l'aide de l'expérience et des lumières de la philosophie. " Le casque signifiait le plus haut degré de la sagesse; la tête de Gorgo coupée, la répression des passions; le bouclier, la légitime défense contre la calomnie; la colonne, la fermeté; la cruche d'eau, la soif des sciences; le carquois garni de flèches, le pouvoir de l'éloquence; la pique, la persuasion portée au loin, c'est-à-dire que, par sa réputation, on peut à de grandes distances faire une impression profonde; les branches de palmier et d'olivier étaient les sym­boles de la paix (Grand Cabinet romain, p. 26). On lui apprenait, de plus, que le nom du grand législateur était Jao (Diod. de Sicile, liv. 1, De Ægyptiis legum latoribus).
Ce nom était aussi le mot d'ordre du grade.
Les membres de cette assemblée avaient quelquefois des réunions où des Chistophoris seuls pouvaient être admis.
Le chapitre qu'ils formaient alors s'appelait Pixon (lit de justice) ; le mot en usage pour ses tenues était Sasychis (un ancien prêtre égyptien). L'initié devait apprendre la langue amounique. (La langue amounique était la langue mystérieuse (v. le mot du premier grade). 
Le récipiendaire, ayant parcouru les petits mystères, qui avaient pour objet de le préparer en l'instruisant dans les sciences humaines, touchait, au moment d'être admis aux grands mystères, à la connais­sance de la doctrine sacrée appelée la grande manifesta­tion de la lumière; il ne devait bientôt plus y avoir de sec­rets pour lui).
Les ornements du quatrième grade pui­sent abondamment dans la mythologie classique. Qu'il s'agisse du bouclier, du casque, des brodequins de Mercure ou du manteau chacun des éléments contri­buaient à établir un lien spirituel avec la tradition antique puisant ainsi aux sour­ces de la culture méditerranéenne.

CINQUIÈME GRADE
Balahate

Le Chistophoris avait le droit de demander ce grade que le Demiourgos ne pouvait lui refu­ser.
Conduit dans l'endroit où l'assemblée se réunissait d'abord, il était reçu par tous les memb­res. Ensuite, on l'introduisait dans une autre salle disposée pour une représentation théâtra­le. Là il était, en quelque sorte, seul spectateur; car chacun des membres prenait part à l'ac­tion.
Un personnage, appelé Orus, accompagné de plusieurs Balahates portant des flambeaux, marchait dans la salle et paraissait chercher quelque chose. Orus tirait son épée au moment d'arriver à la porte d'une caverne d'où sortaient des flammes. 
Le meurtrier Typhon était au fond, assis et ayant l'air abattu. Orus s'en approchait; Typhon se levait et se montrait sous une apparence effrayante: cent têtes reposaient sur ses épaules; tout son corps était couvert d'écailles et ses bras avaient une longueur démesurée.
Sans se laisser décourager par cet épouvantable aspect, Orus s'avançait vers le monstre, le terrassait et l'assommait.
Après l'avoir décapité, son cadavre était jeté dans la caverne d'où ne cessaient de sortir des torrents de feu et, sans proférer une parole, on montrait cette tête hideuse à tous les assis­tants.
Cette cérémonie se terminait par l'instruction que l'on donnait au nouveau Balahate, et qui renfermait l'explication de cette scène allégorique. 
On lui apprenait que Typhon signifiait le feu qui est un des agents les plus terribles et sans lequel cependant rien ne pourrait se faire dans ce monde ; qu'Orus était l'emblème du travail et de l'industrie à l'aide desquels l'homme exécute de grandes et utiles entreprises en parve­nant à dompter la violence du feu, à diriger sa puissance et à s'approprier ses effets. 
Le Balahate apprenait dans ce grade, la chimie, l'art de décomposer les substances et de combiner les métaux. Il était le maître d'assister quand il le voulait aux recherches et aux expériences que l'on faisait dans cette science. C'est par cette raison que le mot d'ordre était Chymia.

SIXIÈME GRADE
L'Astronome devant la porte des Dieux

Quelques préparations précédaient ce grade. On commençait par mettre l'initié aux fers en entrant dans la salle.
Le Thesmosphores le conduisait à la Porte de la Mort où il fallait descendre quatre mar­ches, parce que la caverne qui servait pour cette réception était la même où avait eu lieu l'i­nitiation du troisième grade, et qu'elle était alors remplie d'eau pour faire voguer la barque de Caron. Des cercueils placés çà et là frappaient les yeux de l'initié. Il apprenait qu'ils renfermaient les restes d'hommes mis à mort pour avoir trahi la société. On le menaçait d'un sort pareil, s'il lui arrivait de commettre un semblable crime. Il était amené au milieu de l'assemblée pour prêter un nouveau serment.
Après l'avoir prononcé, on lui expliquait l'histoire de l'origine des dieux, objets de l'adora­tion du peuple, et à l'aide desquels on amusait et dirigeait sa crédulité; on lui faisait sentir en même temps la nécessité de conserver le polythéisme pour le vulgaire (I). Ensuite on lui développait les idées qui lui avaient été présentées dans le discours de récep­tion au premier grade sur les éléments de la doctrine d'un seul être qui embrassait tous les temps, présidait à l'unité, à l'admirable régularité du système de l'univers, et qui par sa natu­re était au-dessus de la compréhension de l'esprit humain.
Ce grade était consacré à enseigner au Néophyte les connaissances pratiques de l'astrono­mie. Il était obligé d'assister la nuit aux observations et de concourir aux travaux qu'elles exigeaient.
On avait soin de l'avertir d'être en garde contre les astrologues et les tireurs d'horoscopes car, les regardant comme les auteurs de l'idolâtrie et de la superstition, la société mysté­rieuse les avait en aversion.
Ces faux docteurs du peuple avaient choisi le mot Phoenix pour leur mot d'ordre, mot que les astronomes tournaient en dérision (Hérodote, Hist. Æthiop., liv. 3).
Après la réception, on conduisait l'initié vers la porte des Dieux et on l'introduisait dans le Panthéon. Il y voyait tous les dieux représentés par de magnifiques peintures.  Le Demiourgos lui en retraçait de nouveau l'histoire, sans lui rien cacher. On lui mettait sous les yeux la liste de tous les Chefs-inspecteurs, dans l'ordre chronolo­gique où ils avaient existé, ainsi que le tableau de tous les membres de la société répandus sur la surface du globe.
On lui apprenait aussi la danse des prêtres dont les pas figuraient le cours des astres (Lucien, de Saltatione). Le mot d'ordre était Ibis, qui signifiait Grue, et était le symbole de la Vigilance.
Le rite du Crata Repoa rep­rend le mythe d'Osiris perfide­ment assasiné par Typhon (Seth) qui en dispersa le cada­vre avant qu'Isis recueille les morceaux pour lui redonner vie. 
Repris par l'alchimie et la Franc-Maçonnerie, l'origine égyptienne fut pour un temps occultée. Les rites égyptiens révélèrent cette claire filiation entre Hiram et Osiris.
Michel Maier, Atalanta fugiens, Oppenheim, 1618.

SEPTIÈME GRADE
ou Saphenath Pancah l'Homme qui connaît les Mystères 
(Jamblique, de Mysteriis)

Ce grade était le dernier et le plus éminent. On y donnait une explication détaillée et plus complète de tous les Mystères.
L'astronome ne pouvait obtenir ce grade, qui complétait son aptitude à toutes les fonctions, même publiques et politiques, sans l'assentiment du Roi et du Demiourgos, et même sans leconsentement général des membres intérieurs de la Société.
Cette réception était suivie d'une procession publique à laquelle on donnait le nom de Pamylach (c'est-à-dire "oris circumcisio", circoncision de la langue; il semble que c'est une expression figu­rative par laquelle on voulait dire que le Néophyte, ayant acquis toutes les connaissances qu'on pouvait lui donner, sa langue était déliée et qu'il lui était permis de parler de tout). On y exposait à la vue du peuple tous les objets sacrés.
La procession finie, les membres de la société sortaient clandestinement de la ville pendant la nuit, se rendaient à un lieu voisin, et se réunissaient dans des maisons d'une forme carrée composées de plusieurs appartements ornés de peintures admirables représentant la vie humaine (Voyage de Lucas en Égypte).
Ces maisons étaient appelées Maneras (séjour des mânes), car le peuple croyait que les initiés étaient en commerce particulier avec les mânes des trépassés. Elles étaient ornées d'un grand nombre de colonnes entre lesquelles étaient des cercueils et des sphinx. En y arrivant, on présentait au nouveau Prophète un breuvage nommé Oimellas (vraisembla­blement , composé de vin et de miel; Athénée, liv. 9), et on lui disait qu'il était parvenu au terme de toutes les épreuves.
Il recevait ensuite une croix dont la signification était particulière, et connue des seuls Initiés. Il était obligé de l'avoir constamment sur lui (Rufin, liv. 2, chap. 29). On lui passait une très belle robe blanche rayée, fort ample, qu'on appelait Etangi. On lui rasait la tête et la coiffure qu'il portait était d'une forme carrée (Pierius, liv. 32 - Grand Cabinet romain, p. 66).
Son signe principal se faisait en portant les mains croisées dans ses manches, qui étaient très larges (Porphyre, de Abstinentiâ).
Il avait la permission de lire tous les livres mystérieux écrits dans la langue amounique, et dont on lui donnait la clef, qu'on appelait la Poutre royale (Plutarque, de Amore Fraterno - Diod. de Sicile, in Additionibus).
La plus grande prérogative attribuée à ce dernier grade était de contribuer à l'élection d'un Roi (Synesus, de Providentiâ).
Le mot d'ordre était Adon (Histor. Deor. synt. prim., Lilio Gregor autore, p. 2). Le nouveau Prophète pouvait aussi, après un certain temps, parvenir aux emplois dans la société et même à celui de Demiourgos.
DES OFFICES ET DE L'HABILLEMENT
  1. Le DEMIOURGOS, chef-inspecteur de la société, portait une robe bleu-de-ciel, parsemée d'é­toiles brodées et une ceinture jaune (Montfaucon, tome 2, page 102, fig. 1; Ungerus, livre de Singulis). Il avait à son cou un saphir entouré de brillants, suspendu à une chaîne d'or. Il était en même temps juge suprême de tout le pays.
  2. L'HIÉROPHANTE était habillé à peu près de même, avec la seule différence qu'il portait une croix sur la poitrine.
  3. Le STOLISTA, chargé de la purification des Récipiendaires par l'eau, portait une robe blan­ che rayée et une chaussure d'une forme particulière. Le vestiaire était confié à sa garde.
  4. L'HIEROSTOLISTA (secrétaire) avait une    plume à sa coiffure et tenait à la main un    vase de forme cylindrique, appelé Canonicon, qui contenait l'encre pour écrire.
  5. Le THESMOSPHORES était chargé de diriger et d'introduire les initiés.
  6. Le ZACORIS remplissait les fonctions de trésorier.
  7. Le KOMASTIS avait soin de la table et des banquets. Il avait sous lui tous les Pastophores.
  8. L'ODOS était orateur et chanteur.
BANQUETS
Avant de se mettre à table, tous les membres étaient obligés de se laver. On ne leur permettait pas le vin; ils ne pouvaient faire l'usage que d'une boisson qui res­semblait à notre bière moderne.
On promenait autour de la table un squelette d'homme, ou un Butoi (Sarcopeja, figure de cer­cueil).
L'Odos entonnait le Maneros, hymne qui commençait ainsi: Ô mort! viens à l'heure conve­nable. Tous les membres faisaient chorus.
Le repas fini, chacun se retirait. 
Les uns allaient vaquer à leurs occupations, les autres se livraient à la méditation; le plus grand nombre, selon l'heure, goûtaient les douceurs du sommeil, à l'exception de ceux dont c'était le tour de veiller pour introduire par la porte des Dieux (Birantha) les initiés du sixième grade qui devaient faire les observations célestes. 
Ceux-là étaient obligés de passer la nuit entière, et même de seconder ou plutôt de diriger les travaux astronomiques.

NOTES : 

  1. Porphyre, vie de Pythagore.
  2. Hérodote, liv.2 - Clément d'Alexandrie, Scromat. 1.
  3. Légumes et poissons.
  4. Jamblique, de Mysteriis. Pausanias, liv. I, raconte très expressément que ces colonnes se trouvaient dans certains sou­ terrains prés de Thébes.
  5. L'Introducteur. Les terminaisons des noms en us sont ici, pour la pluplart changées en es et en os, suivant le dialecte égyptien.
  6. Apulée, de Metam., liv. II.
  7. Cicéron, de Legibus, liv. 2, Mysteriis ex agresti imanique vita esculti ad humanitatem, et mitigati sumus.
  8. Voyez l'explication d'une pyramide d'Egypte, où cette action est figurée d'après nature.
  9. Plutarque, in Lacon. Apoph., verb. Lysander. 
  10. Histoire du ciel, tome I, page 44.
  11. Eusébe Caesar. Preparat. Evangel. - Clément d'Alexandrie, Admonit. ad Gent.
  12. Alexander ab Alexandro, liv. 5, chap. 10.
  13. Eusébe, Demonst. Evang., liv. I.
  14. Origéne, Cont. Cels., page 34, traduction de Bouchereau.
  15. Eusèbe, Preparat. Evangel., 1-13. - Clément d'Alexand, Admonit. ad Gent.
  16. Jamblique, Vie de Pythagore.
  17. Plutarque, d'Isis et d'Osiris.
  18. Jamblique, Vie de Pythagore.
  19. Annobius, liv. 5.
  20. Endimion signifie Grotte imitée.
  21. Julius Firmicus Maternus, chap. 2, dit que c'était un serpent artificiel et doré.
  22. Les Egyptiens possèdent encore l'art de priver les serpents de leur venin.
  23. On trouve de pareilles représentations dans le grand Cabinet romain, p. 94.
  24. Clém. d'Alex., in Protept., dit quelque chose de semblable.
  25. On en trouve encore quelques dessins dans l'ouvrage de M. Norden.
  26. Ceux qui ouvraient les cadavres.
  27. Les hommes sacrés qui les embaumaient.
  28. Gens qui enterraient les morts.
  29. Tertullien, de Baptismo, chap.5.
  30. L'empereur Commode, remplissant un jour cet emploi, s'en acquitta d'une manière tellement sérieuse qu'elle devinttragique.
  31. Apulée, Liv. Metam. 2, propè finem.
  32. Diodore de Sicile, liv. I. V. Orpheus.