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Franc-Maçonnerie Opérative et Spéculative

La Franc-Maçonnerie Moderne est une Institution qui a près de 300 ans d'existence.

Elle descend, d'une façon symbolique, des Maçons Constructeurs du Moyen âge qui se sont déplacés durant plusieurs siècles à travers toute l'Europe pour y bâtir des édifices religieux ou profanes dont la plus grande partie existe encore aujourd'hui.

Si le phénomène de transition de la Maçonnerie Opérative vers la Franc Maçonnerie Spéculative au cours de laquelle un nombre croissant de non Opératifs devenaient « Maçons-Acceptés ».

Dès le XVème siècle, et surtout au XVème siècle, de nombreuses loges, à commencer par Warrington, sont à majorité Spéculative.

Même Carausius ou Athelstan ne paraissent pas avoir été des Opératifs.

Mais on se heurte toujours sur ce point à la légende de la Maçonnerie Spéculative commençant lors de l'initiative des loges de Londres en 1717, les Constitutions de Desaguliers, dites d'Anderson de 1723.

Mais, à l'origine de la Maçonnerie (multiple), on peut distinguer ces deux grands courants, complémentaires et généralement Unis.

Tout d'abord, les vieux mystères, des sumériens aux égyptiens et aux mystères gréco-romains, aux pythagoriciens et aux divers hermétistes.

Puis les opératifs que l'on devine en Egypte, et même avant l'Egypte que l'on trouve certainement dans les corporations étrusques, notamment les pontifes.

Les pontifes portaient la mitre et la crosse.

Ils étaient les constructeurs de ponts, mais également des routes et des édifices et leur importance fut telle qu'ils devinrent la classe sacerdotale la plus importante et que le Pontifex Maximus, le Souverain Pontife, devint le véritable Grand Prêtre du paganisme romain et que le chef de l'organisation religieuse exotérique, dite Eglise Catholique, porte encore ce titre.

Puis c'est l'édit de Numa Pompilius organisant les Confréries Opératives ( VIIIème table de la Loi des XII Tables), l'édit de Carausius, l'édit de Clovis en 486, la charte d'Athelstan, etc.

La Maçonnerie Spéculative remonte aux Acceptés, et non pas à l'initiative des loges de Londres de 1717.

On peut affirmer que les Maçons-Acceptés descendent des alchimistes, des kabbalistes, des hermétistes, des Rose-Croix et peut-être, sous toutes réserves, des Templiers.

Ils sont nombreux dès le Moyen Age et les loges entièrement ou à majorité d'acceptation existent au XVème siècle.

Elias Ashmole relate dans ses Mémoires qu'il a été reçu Maçon le 26 octobre 1646, à 4 h 10 de relevée, à la loge de Warrington, dans le Lancashire, avec le colonel Mainwaring et indique que le 11 mars 1682 il a participé à une tenue à Londres et à un noble banquet préparé aux frais des nouveaux Maçons-Acceptés.

Gould écrit : « Il nous est permis d'affirmer que la date de la suprématie de la Maçonnerie Spéculative sur la Maçonnerie Opérative peut être fixée avec certitude pour Londres à 1619-1620 et pour Warrington à 1646 et de constater en conséquence que, dans les deux cas, les périodes de transition doivent remonter à des périodes plus reculées. »

S'il est vrai que la loge La Bonne Foi, à l'Orient de Saint-Germain-en-Laye, remonte au 25 mars 1688, cette loge composée d'exilés Stuardistes ne comprenait pratiquement que des Spéculatifs et non des Opératifs.

Ce ne sont donc pas les événements de 1717‑1723 qui ont marqué le début de la Maçonnerie Spéculative.

C'est la Maçonnerie « de métier » qui a précédé la Maçonnerie Spéculative » (ou Moderne), la liaison entre l'une et l'autre étant effectuée par l'intermédiaire de l' Acceptation.

Dans ce domaine, une étude logique devrait se borner aux Guildes Anglo-Saxonnes qui sont à l'origine directe de la Franc-Maçonnerie moderne, toute autre tradition ayant nécessairement un caractère légendaire ou, tout au plus, étant un apport tardif à une légende en voie de constitution.

L'homme ayant construit depuis le Néolithique, il ne saurait être question de faire ici une étude exhaustive de la construction immobilière à travers les âges.

Pas plus que d'errer à travers les légendes qui ornent les Old Charges et que la partie historique des Constitutions d'Anderson a, plus ou moins laborieusement, synthétisée.

Il n'y a donc rien à tirer des Collegia romaines car, en Angleterre comme ailleurs, les a barbares » ont détruit toutes les structures anciennes.

On peut toutefois concéder l'existence aux XVIIème et XVIIIème siècles d'architectes, Maçons et autres artisans capables de construite more romano, mais aucun texte, même pas ceux qui se rapportent aux Comacini ( lombards ) , ne permet de croire au maintien de formes corporatives héritières de l'Antiquité Romaine.

De même, la croyance en un rôle quelconque joué par les Culdéens dans le maintien d'anciennes traditions n'est guère sérieuse.

En fait, le système corporatif Romain ne s'est maintenu que dans les territoires restés Byzantins ou soumis à l'influence de Constantinople.

C'est ainsi que l'on a pu soutenir, non sans quelque raison, qu'à Rome même les Scholae avaient succédé aux Collegia, et que leur influence a été importante sur le reste de l'Occident et notamment en Angleterre.

Un texte de dom Mabillon paraît prouver qu'à l'époque de saint Boniface au début du XVIIIème siècle, ce sont des Maçons anglais, eux-mêmes formés par des Romains, importés par saint Augustin et ses successeurs, qui ont construit les premières églises frisonnes, saxonnes et bavaroises.

Il n'est pas exclu de penser que le rôle attribué à Charles Martel, roi des Francs, dans la légende Opérative Anglaise ait ses origines dans cet échange de techniciens.

Mais la véritable histoire originelle de la Franc-Maçonnerie n'est pas là, elle réside dans les associations qui se sont créées, à partir du XIème siècle tout d'abord, autour des grandes constructions monastiques et, ensuite et à partir du XIIIème siècle du mouvement communal.

On ne voit d'ailleurs apparaître en pleine lumière ces corporations de constructeurs qu'à la seconde de ces dates, ce qui paraît bien prouver que la Franc-Maçonnerie autonome est un fait qui tient au clergé séculier et non aux ordres monastiques et à l'urbanisation.

Voyons tout cela avec quelques détails.

Avec la seconde série d'invasions barbares qui clôt l'époque carolingienne, l'Europe connaît une nouvelle catastrophe.

Ce qui peut rester de culture se réfugie à nouveau dans les couvents.

Il est à peu prés certain que l'art roman est essentiellement l'oeuvre de religieux bénédictins, ou du moins animé par eux, à partir du Xème siècle.

Mais, très rapidement, avec le développement des villes, les Chapitres prennent le relais des couvents et les corporations opératives, formées à peu près exclusivement de laïcs, commencent à apparaître dans leur réalité historique.

Le Moyen Age classique porte de multiples témoignages de leur existence dans toute l'Europe de l'Ouest, en Scandinavie, en Ecosse, en Irlande, en Angleterre, aux Pays-Bas, en France, Espagne, Italie, dans les différentes parties du monde germanique, au moins jusqu'à Prague et Budapest.

C'est de ces groupements, mais exclusivement des groupements anglais et écossais, qu'est sortie, après une assez longue période de transition, la Franc-Maçonnerie Spéculative moderne.

L'ensemble de ces problèmes a été sérieusement étudié par les médiévistes.

Aussi, débarrassons-nous de quelques légendes.

Personne ne croit plus guère aujourd'hui à l'imagier anticlérical si amplement développé par Viollet-le-Duc au siècle dernier.

Il est également très difficile d'admettre que les groupements de constructeurs aient été les agents passifs ou actifs de la transmission d'un ésotérisme quelconque, qu'il fût oriental ou non.

L'ésotérisme des Tarouq Musulmans transmis à travers les Templiers, la présence, chez ces Maçons ou Sculpteurs, d'une tradition Gnostique ou Manichéenne sont parfaitement légendaires.

Peut-on penser qu'il y a eu un « ésotérisme chrétien » à côté de l'exotérisme?

Parlons plutôt d'un symbolisme « typologique » qui est la transcription dans la pierre des croyances jugées parfaitement orthodoxes par les théologiens médiévaux et inspirées essentiellement de la Glose ordinaire de Walafried Strabo.

D'ailleurs, il est bien connu que les clercs qui avaient commandé les constructions entendaient s'en réserver, conformément aux canons du second concile de Nicée (787), « l'ordonnance et la disposition ».

Avec le réveil de l'Occident, au XIème siècle, apparaissent donc un peu partout des organisations diverses de gens du bâtiment : la « confrérie » à caractère strictement religieux, la « corporation » (le mot est du XVIIIème siècle) basée sur la tripartition des fonctions et sur la progression par qualification professionnelle entre Apprentis, Compagnons et Maîtres, enfin, au déclin du Moyen Age, les Compagnonnages qui ne groupent que les ouvriers et deviennent l'organisation à la fois de progrès technique et de défense syndicale qu'ils seront aux Temps modernes.

Il importe de ne pas les confondre et de considérer aussi que de telles associations ne sont nullement la spécialité des métiers de la pierre.

En France surtout, aux Temps modernes, elles ne cessent de se multiplier au point d'interdire, en se transformant en monopoles de droit ou de fait, toute évolution sociale et toute transformation technique.

Chacun des pays occidentaux a donc, au Moyen Age et au début des Temps modernes, connu des types d'organisation, initialement assez analogues, surtout dans les métiers du bâtiment où l'on se déplaçait beaucoup, et qui, par la suite, ont évolué de façon différente.

Ce n'est qu'en Ecosse et en Angleterre que, par le phénomène de l'Acceptation, s'est produit une évolution particulière qui a créé la Maçonnerie spéculative.

L'Acceptation, en effet, n'a existé ni en France ni, semble-t-il, dans les pays latins, sauf peut-être occasionnellement en Italie.

On en trouve seulement quelques traces relativement tardives en Allemagne.

C'est donc essentiellement sur l'Angleterre qu'il convient de s'appesantir.

Mais il convient toutefois de dire quelque chose des autres pays.

En Espagne où, après la reconquista, on construit beaucoup d'églises, les mentions ne manquent pas le P. Benimeli a noté des signes lapidaires sur 122 édifices religieux mais disparaissent dès le XVIème siècle.

En Italie, on n'a jamais cessé de construire, et dès que se développe le mouvement communal, il existe des « corporations » de Maçons avec des Maîtres, très actives notamment à Florence, à Brescia, Milan, Parme, Plaisance, Venise, Lucques.

Elles disparaissent également au XVIème siècle. Se sont‑elles transformées, comme le pense P. Naudon, en académies, telle l'Academia del Disegno de Florence (1563) où l'on rencontrait professionnels du bâtiment et « amateurs »?

Ces académies italiennes ont-elles, par la suite, influencé, au moment de la période de transition, la Maçonnerie anglaise? Ce n'est pour nous qu'une hypothèse.

En pays germanique, les « Bauhütte » de constructeurs ont eu la vie plus dure puisque leur existence nous est encore mentionnée au début du XVIIIème siècle.

Encore que personne ne croit plus de nos jours que les Steinmetzen germaniques aient été à l'origine de la Maçonnerie spéculative.

Elles sont cependant plus récentes que celles d'Italie puisque Findel pense que la plus ancienne confrérie allemande date de 1211, c'est-à-dire des débuts de l'édification de la cathédrale de Magdebourg.

Mais surtout les Maçons Operatifs de langue germanique ont, dès 1275, connu l'existence de cinq Grandes Loges (Haupthütten) à Strasbourg, Cologne, Vienne, Zurich et Magdebourg, les deux premières se disputant la primauté.

Ce sont ces cinq Grandes Loges qui se donnèrent, le 25 avril 1459, les Statuts et règlements de la confraternité des Tailleurs de pierre extrêmement complets, et qui furent, à partir du milieu du XVème siècle, unanimement acceptés et pratiqués dans toutes les loges.

On connaît des assemblées générales en 1275 (Strasbourg), Ratisbonne (1459, puis 1464), Spire (1469), Cologne (1535), Bâle (1563), à nouveau Strasbourg (1564).

Les Statuts de Ratisbonne ont été maintes fois publiés : il est facile d'y rencontrer un certain nombre d'éléments qui ont subsisté dans la Maçonnerie contemporaine et notamment les trois grades, l'exclusion des profanes, l'égalité fraternelle et les secours mutuels, la juridiction spéciale, les « signes » , le rite de l'initiation, l'ouverture et la clôture des assemblées.

Enfin le texte parle, mais d'une façon malheureusement assez imprécise, des « hommes pieux » qui voudraient assister au service divin, mais qui n'ont pas droit de vote, ce qui peut être interprété comme une esquisse de l'acceptation.

Il n'est peut-être pas sans intérêt aussi de noter que si les Statuts s'ouvrent sur l'invocation à la Trinité, à la Vierge et aux quatre saints couronnés, les serments sont prêtés sur le Livre de la Confrérie et non sur la Bible.

Les « Hütte » se heurtèrent souvent aux pouvoirs civils, empereurs, seigneurs et villes.

Elles ne disparurent cependant que lentement et, comme en France, certaines de leurs traditions ont subsisté dans le compagnonnage.

Les Mestiers en France n'apparaissent guère avant la fin du XIème siècle, à la fois dans le Nord, en Normandie, et en Languedoc.

A Paris, la situation est plus confuse, car les métiers du bâtiment dépendant étroitement, comme en témoigne « Le livre des Mestiers » d'Etienne Boileau (1268), du Maître des Oeuvres de Maçonnerie du roi.

A cette époque existent, un peu dans tous les corps, la distinction tripartite, des règlements stricts sur l'accès au compagnonnage et à la maîtrise, un serment (sur la Bible ou des reliques), des taxes assez lourdes.

Quatre corporations dépendaient du « Maître des Oeuvres de Maçonnerie », les « Mortelliers » (fabricants de mortiers, appareilleurs? ), les maçons, les tailleurs de pierre et les plâtriers.

Les charpentiers avaient un statut différent, dépendant du Charpentier du Roy.

Il est assez difficile de savoir la (lace que pouvaient en réalité tenir, dans ce système, ceux des « Maîtres Maçons » qui étaient en fait des architectes et des Maîtres d'Oeuvre, tel Villard de Honnecourt.

Ce système fort autoritaire n'existait pas partout au Moyen Age.

Bien souvent, comme en Provence, le métier était libre.

Ou simplement « réglé » et non « juré ». Ce n'est qu'a partir du XVIème siècle que la royauté s'efforça d'établir dans tout le royaume ce second système, et il n'y réussit que trop bien.

Les choses devaient ainsi durer jusqu'à la loi d'Allarde du 11 juillet 1791.

Les confréries professionnelles (qu'il faut bien distinguer des confréries liturgiques et des confréries associations du Midi de la France) ont existé dès le Moyen Age et se sont rénovées sous l'effet de la contre Réforme, au XVIIème siècle.

Elles étaient et sont restées jusqu'à la Révolution essentiellement des sociétés de secours mutuels à caractère religieux.

Il n'est pas exceptionnel que « communauté de métier » et « confrérie » soient une seule et même organisation.

A l'inverse, il arriva parfois que des confréries eussent maille à partir avec le pouvoir royal.

Quant au compagnonnage, toujours persécuté par l'Etat et condamné à maintes reprises par l'Eglise, il garda, comme en Allemagne, une partie de l'héritage symbolique, sinon initiatique, des groupements primitifs, mais adaptés à de tout autres finalités.

En fin de compte, rien dans la tradition opérative française n'a joué de rôle dans la création de la Maçonnerie moderne.

C'est donc vers les île, Britanniques qu'il nous faut nous tourner.

Et ici, grâce au labeur étonnant des Maçons de la loge londonienne Quatuor Coronati qui ont colligé avec science, amour et patience tous les vieux documents, dont l'ensemble forme les « Old Charges » , nous sommes relativement bien informés.

L'influence des « Collegia » romains ou des Culdéens nous paraît purement légendaire, celle des rois bretons ou Anglo-Saxons, qui figurent dans la tradition, pour le moins sujette à caution.

En fait, le système des « Corporations Confréries » (anglais craft) est venu de France avec les rois normands et nous n'avons pas de documents authentiques témoignant de leur existence avant le XIVème siècle, c'est-à-dire nettement plus tard qu'en France ou dans le monde germanique.

Nous savons, certes qu'antérieurement, il existait des « sculptores lapiduna liberorum » (1212), des ateliers de Maçons intitulés « loges » (1292).

La corporation des Maçons existe à Chester en 1327 et à York en 1350, le terme de freemasons apparaît en 1376 pour désigner les Maçons de la confrérie londonienne et se retrouve en 1377, 1 381 et 1396.

Les premiers textes statutaires connus suivent de très près: « Ordonnance » et « Statut des Ouvriers » (1349‑1350), « Ordonnance des Maçons d'York » (1332, puis 1370), « Articles de Londres » (1356), «Ordonnance de la Guilde des Charpentiers de Norwich » (1375).

A peine postérieurs sont les célèbres manuscrits « Regius » (1370‑1400) et Cooke (14301440).

La plus ancienne Charte connue est le document Landsdown (1550 env.), le reste étant postérieur à la Réforme. cf. Charges (Old).

En laissant de côté l'histoire légendaire de l'Ordre, nous constatons que l'ensemble des documents nous fournit un tableau à peu près cohérent de la Maçonnerie anglaise à la fin du Moyen Age.

La corporation est aussi confrérie et se place sous l'invocation de Dieu ou de la Trinité, de la fidélité à l'Eglise, elle exige que l'on célèbre les fêtes traditionnelles.

L'Apprenti doit prêter serment (probablement sur la Bible) et notamment doit jurer de conserver le secret, il existe des grades, les membres portent parfois une livrée spéciale et s'appellent « frères » et « sueurs » car il semble bien que des femmes fussent admises dans la confrérie encore que la chose ait pu être discutée, le principal officier est le « Maître », il existe des wardens (gardiens, surveillants).

Nous n'avons rien de tel pour l'Ecosse médiévale : le premier document, dit «Statuts Schaw » datant de 1598, mais étant le rappel de règles antérieures.

La Maçonnerie britannique n'était donc pas organisée d'une façon tellement différente de ce qui se passait, à la même époque, sur le continent.

De plus, elle ne connut jamais de grosses difficultés, ni avec le clergé, ni avec le pouvoir royal.

La meilleure preuve en est dans le fait qu'en 1417 la Corporation reçut des armoiries du roi d'armes de Sa Majesté.

Peut‑on aller plus avant? Ici, la vérité historique est bien difficile à dégager de la légende.

Rébold raconte qu'en 1442, le roi Henri VI se serait fait initier ainsi que les seigneurs de sa cour, que le 24 juin 1502, Henri VII Tudor aurait présidé la tenue d'une Grande Loge à Londres à l'occasion de la pose de la première pierre de l'abbaye de Westminster.

Il est plus vraisemblable d'admettre que l'archevêque d'York, en 1427, et son collègue de Canterbury, en 1429, encouragèrent ou même présidèrent des tenues de loge ou de Grande Loge.

Vint la Réforme : à notre sens, l'affirmation maintes fois reproduite, notamment par P. Naudon, d'une Maçonnerie restée catholique dans un pays qui était en train de passer allégrement au protestantisme ne paraît pas se justifier.

Ou, en tout cas, les textes ne paraissent pas l'imposer, surtout dans la première partie du XVIIème siècle où, jusqu'en 1640, l'anglicanisme paraît triomphant.

Quoi qu'il en soit, une tradition dont il est difficile de démêler le fond historique et qui nous est contée par Preston veut qu'Elisabeth ait, en 1561, confirmé le choix de sir Thomas Sackvill comme « Maître » et qu'il le resta jusqu'en 1567 avec siège à York.

A sa mort, la Maçonnerie se divisa en deux branches, la loge d'York, dirigée par le comte de Bedford, la loge de Londres dirigée par le célèbre économiste sir Thomas Gresham.

A la suite d'une assemblée maçonnique tenue à York en 1663, la Fraternité fut dirigée par un « Grand Maître » et le premier titulaire de la charge fut Henri Jermyn, comte de Saint-Alban, nommé dans une séance présidée par Jacques II lui-même.

Lui succédèrent : Thomas Savage, comte Rivers (1666); le duc de Buckingham (1674); Arlington (1679); sir Christopher Wren (1685); le duc de Richmond (1695) puis, à nouveau, sir Christopher Wren (1698) qui se démit de ses fonctions et ne fut pas remplacé.

La trame de cette tradition correspond sensiblement à la période de transition au cours de laquelle la Maçonnerie devient « spéculative ».

L'Ecosse parait avoir connu une évolution analogue, mais qui, plus tardive, a peut‑être permis aux Maçons écossais et subsidiairement irlandais de garder un caractère plus archaïque.

Les Statuts de la fin du XVIème siècle témoignent de l'existence de trois loges à juridiction relativement étendue : celles d'Edimbourg, de Kilwinning et de Stirling.

Il semble que les Maçons écossais se soient surtout distingués de leurs confrères anglais par deux points : l'existence de trois degrés hiérarchiques et non deux, la présence du « Mason's Word » (mot de Maçon) qui permet l'accès à toutes les Loges de la région.

Les légendes maçonniques sont évidemment quelque peu différentes et font une large part aux premiers Stuarts, et notamment à Jacques II d'Ecosse.

C'est lui qui aurait nommé (1439) comme « Maître des loges d'Écosse » Guillaume de Saint‑Clair, baron de Rosslyn, comte d'Orknet et de Caithness.

Ces droits héréditaires qui furent confirmés en 1628 par l'ensemble des loges écossaises nous sont connus par des chartes de 1601 et 1628. Ils devaient durer jusqu'en 1735.

Dans la seconde moitié du XVIème siècle, à l'aube de l' Acceptation, la Maçonnerie Anglo-Ecossaise est donc très vivante.

Il existe, dans à peu près chaque ville importante, sur chaque chantier, une loge et une « compagnie de Maçons » qui vivent assez librement sous la triple protection de sa Charte, du pouvoir royal et de l'Eglise.

Ces groupements sont fédérés d'une manière assez lâche, mais les liens sont assez étroits pour que les « itinérants », nécessairement nombreux qu'il s'agisse de loges entières ou de simples Compagnons puissent être reçus sur leur nouveau lieu de travail.

Si nous ne sommes sûrs de l'existence des « mots» que pour l'Ecosse, nous savons que les Maçons anglais possédaient à la fois des signes de reconnaissance (peut-être la fameuse « griffe » que l'on retrouve chez les Compagnons français) et des secrets techniques.

Ces déplacements rendaient nécessaire une autorité suprême qui commençait à s'esquisser avec la tenue d'assemblées périodiques, la reconnaissance, encore diffuse, de « Loges Mères » telles York en Angleterre et Edimbourg ou Kilwinning en Ecosse et, peut‑être, l'existence d'un protecteur, étranger au métier, choisi donc aussi près que possible du pouvoir royal et qui deviendra le Grand Maître.

La Renaissance puis la Réforme devaient modifier les choses.

Il faut attribuer une certaine influence à ne pas exagérer toutefois aux Italiens architectes, peintres, sculpteurs ou simples humanistes qui vinrent assez nombreux à la cour de Jacques V d'Ecosse, le père de Marie Stuart, aussi bien qu'en Angleterre à la cour d'Henri VIII, puis à celle d'Elisabeth.

Leur influence ne fut pas immédiate, car le XVIème siècle insulaire reste encore profondément gothique et il faut attendre le règne de Jacques 1er et surtout, en 1607, le retour d'Inigo Jones de Rome pour assister au triomphe du style Palladique, inspiré de l'Italie, et qui, sauf quelques brefs retours en arrière, dominera l'architecture anglaise jusqu'après 1715.

La tradition maçonnique affirme que les souverains écossais et anglais associèrent les Maçons italiens aux Maçons anglais et que la loge devint alors quelque chose d'assez semblable aux « académies» italiennes, ce qui, à Londres comme à Florence, devait favoriser la venue de personnes cultivées et férues d'art.

Pour ce qui est de la Réforme, il ne faut jamais oublier l'originalité de la Réforme anglaise, tant celle, purement disciplinaire, d'Henri VIII, que celle d'Elisabeth.

En Angleterre, comme en Suède, c'est toute l'Eglise qui est passée, avec armes et bagages, à la Réforme et la plupart des Anglais n'ont pas eu le sentiment d'une rupture.

Il n'y a pas eu de guerres de religion et l'attitude hostile de l'Espagne d'abord, de Louis XIV ensuite, ont consolidé l'unité nationale autour du roi, du Parlement et de la « Church ».

La conséquence de cette situation est l'absence de solution de continuité dans la construction : on a continué à bâtir selon le style ancien auquel s'est substitué au début du XVIIème siècle, le style palladien.

Tels sont, envisagés évidemment dans leurs grandes lignes, les faits historiques essentiels qui nous mènent jusqu'à l’acceptation.

Que pouvons-nous en déduire concernant les problèmes du rituel?

Il n'existe malheureusement pas de rituels antérieurs au XVIIIème siècle.

Le plus archaïque semble bien être le Manuscrit Dumfries n°4 des années 1710 et l'ensemble des documents publiés par Knopp, Jones et Hemer s'échelonnent entre 1696 et 1730.

Mais il est probable et la langue en témoigne d'ailleurs qu'ils sont des copies de documents plus anciens.

Les éléments rituels et symboliques les plus importants sont l'existence et le rôle capital du Temple de Salomon, car sa loge se tient « dans les parvis du Temple de Salomon », l'assimilation de la loge au « cosmos », l'existence de trois « piliers », l'Équerre, le Compas et la Bible, l'utilisation de l'Échelle de Jacob et de l'Arche d'alliance, des deux colonnes « J » et « B » que nous rencontrons également en Allemagne et qui auraient été les « mots ».

On a déjà maintes fois noté l'absence du mythe d'Hiram dont l'introduction en Maçonnerie fait problème.

S'ajoutent l'évocation de la géométrie, principe de toutes les autres sciences, l'orientation du Temple est-ouest, les trois « Lumières » que sont le Soleil, la Lune et le Maître Maçon, les deux Saint-Jean, enfin les exigences de fraternité exprimées de façon variée et souvent fort riche.

Malheureusement, si nous connaissons les principaux éléments symboliques, nous ignorons tout des rites cérémoniels.

Il est en tout cas facile de constater que la Maçonnerie contemporaine n'a, dans le domaine du symbolisme, rien ajouté d'essentiel.

On peut également noter l'absence totale de tout élément hermétiste ou alchimiste.